lundi 15 décembre 2008

Glaciers horizontaux


J'aime l'hiver. Le vrai hiver, celui qui recouvre nos terres d'une belle nappe blanche durant un peu plus de quatre mois. Je ne peux me résoudre à apprécier sa pâle imitation qui sévit aujourd'hui. On ne devrait pas se faire assaillir de goutelettes d'eau assassines durant l'hiver. Peut-être que quelqu'un a séquestré Monsieur Hiver depuis quelques années et se fait passer pour lui afin de nuire à notre paisible existence. Un être aigri, sans doute. Peut-être Monsieur Automne qui fait de l'over.

Ce midi, j'ai eu l'excellente idée d'aller faire quelques achats à l'épicerie. J'ai regardé par la fenêtre, et voyant la pluie tomber bien drue, je me suis vêtie en conséquence. Par contre, du haut de mon deuxième étage, je n'ai pas pu mesurer avec précision la praticabilité des trottoirs. J'ai donc découvert malgré moi son inexistence. C'est après une multitude d'arabesques que je suis arrivée saine et sauve à l'épicerie. Le retour fut plus éprouvant, avec les sacs à traîner et surtout, avec la pente descendante. J'avais le souvenir familier de mon escalade de glacier de cet automne, surtout lors du moment où je me promenais avec un seul crampon. Là, sur le trottoir, l'absence totale de crampons me fit paniquer. Et si je tombais dans une crevasse ? Se pourrait-il que la calotte glaciaire qui ne cesse de fondre ait décidé de se transformer en glaciers horizontaux ? N'écartons aucune hypothèse.

Grâce à mes talents certains de patineuse sur courte piste, je suis arrivée sans trop de mal à la porte de ma demeure. Étrangement, grâce à la pluie, les escaliers, eux, n'étaient plus mortellement glacés.

Je ne sors plus de chez moi aujourd'hui, je fais l'ermite jusqu'au retour de Monsieur Hiver. Qui se chargera de le délivrer de son ravisseur ?

Calamité


Tenez-vous loin de moi, de peur de courir à votre perte. Je suis un guerrier redoutable, ne me sous-estimez pas. Je brûlerai votre chien en peluche préféré, écraserai vos pétunias, glacerai vos escaliers extérieurs, vous contaminerai d'un rhume éternel, provoquerai la famine en mangeant tout le contenu de votre frigo ainsi que votre calendrier de l'Avant, ferai une tache d'eau de javel sur votre chandail favori, laverai le bol de toilette avec votre brosse à dents, vous attaquerai de coups de pied aux tibias, ferai une poupée vaudou à votre effigie, et surtout, couperai le chauffage de votre demeure, afin que vous puissiez devenir aussi froids que moi.

Je suis une calamité. Calamity Jane.

Vous aurez été prévenus.

mardi 9 décembre 2008

Regards Troubles


Dans l'immensité du vide chronique, des yeux, au nombre de deux, nous scrutent. Malgré la vive curiosité qui trépigne en nous, au lieu de nous approcher, nous tardons seulement à nous demander pourquoi ces yeux ne cessent de nous regarder, nous, alors que nous nous enfonçons dans l'obscurité, celle qui est plus noire que noire. Noire noire, donc. Et les yeux restent là, toujours alertes. Une présence à la fois apaisante et dérangeante. Les yeux qui sont derrière nous. Les yeux du passé qui nous fixent, jusqu'aux prochaines conjonctivites.

Je suis myope, je ne vois pas bien de loin. Mais de près, tout me semble moins flou.

vendredi 5 décembre 2008

L'invasion des agrumes


Depuis des jours, je suis emmurée dans une lime rectangulaire. Il y a un pamplemousse rose qui tente de conquérir les confins de mon oesophage, tout ça parce que je l'ai rejeté. Rancunier. Mon réflexe de déglutition n'a pas réussi à l'éliminer, il sévit toujours. Dans ma prison toute verte, j'ai sué le zeste de ma vie. Je suis certaine que si on tordait les draps de mon lit, on obtiendrait un jus très sûr, indubitablement le même que celui dont sont aspergées les célèbres gommes sûres. Je suis l'ingrédient secret-plus-du-tout-secret de la recette.

Tout ça parce que je n'ai pas pris mes vitamines aux agrumes.

La vengeance a une saveur.

mercredi 26 novembre 2008

De ma cache


J'observe la chasse. À défaut de capturer une proie, je vis la chasse par procuration. Même si parfois, l'envie de tirer avec ma carabine me manque, je ne me plains pas trop. La chasse, c'est un passe-temps. Et souvent, le temps passe trop vite lorsqu'on chasse. Trop facile d'atteindre notre but lorsqu'on est prêt à abattre n'importe quoi. La bête est morte, on la mange. Ça finit ainsi, trop vite. Plus de plaisir. Juste un arrière-goût étrange dans la bouche. Tout est à recommencer.

De ma cache, j'observe la chasse. Comme un tireur d'élite, je garde l'oeil ouvert, au cas où un gros animal oserait s'aventurer dans les parages. Je traque, avec paresse, en mangeant des whippets. Et si jamais une telle bête apparait, je la traquerai encore longtemps, de caches en caches, sans jamais vraiment la tuer. Je ne veux pas que la chasse s'arrête, je ne veux pas déguster la bête. Tuer le plaisir, faire naître les regrets. Je veux juste pouvoir continuer à manger des whippets, en attendant une plus grande douceur.

samedi 22 novembre 2008

Divagations du Clavier


Je suis en suspension. Je ne cesse de me ralentir avec des virgules et de me freiner avec des points. Je me questionne, avec des gros points d'interrogation, au sujet du peu d'exclamation que j'ai présentement dans ma vie. Je ne ferme pas mes parenthèses. Je vis entre guillemets. Je veux mettre plus d'accents aigus, au lieu de mettre l'accent sur le grave, et de trop me soucier de ce qui contient le circonflexe : être, croître, connaître, paraître, renaître, âme... Je ne dois surtout pas penser au tréma, qui me cause des maux de tête juste à essayer de le créer ; ϸIϸIÏïï¨. En voilà deux plutôt qu'un, et vlan. Je veux plus de cédilles, pour rendre la vie plus douce. Plus de plus et moins de moins. Ou la nuance du plus ou moins. Ça égale quoi, tout ça ? Je ne sais pas. Chose certaine, je veux des étoiles. *** Je ne veux pas de fractions, je veux des nombres entiers, mais j'accepterais bien π pour son originalité. F4.

Je suis le chef d'orchestre d'un ensemble de touches qui, seules, ne valent pas grand chose, mais en harmonie, elles peuvent m'aider à y voir plus clair, avec le reflet de l'écran. Esc.

dimanche 16 novembre 2008

Goldfish

Des poissons agglutinés au fond d'un aquarium en osier. Je sais pas si c'est parce qu'ils étaient beaucoup, mais ça sentait drôlement le fromage. On était loin de la haute gastronomie, mais tant qu'à pouvoir s'alimenter sans se forcer, aussi bien y plonger la main. Tous oranges, tous uniformes. Pourtant, certains goûtaient meilleurs que d'autres. Certains se laissaient attraper plus facilement. Avec d'autres, il aurait fallu un plus grand attirail d'appâts et surtout, l'envie de manger du poisson timide. Trop d'arêtes. Ils étaient serrés, là, tout au fond de leur habitacle. J'ai eu une petite pensée pour ceux qui n'ont pu remonter le courant et se déverser avec les autres. Quand même, les absents, poissons ou non, au fromage ou autre, ont rarement raison. Sans avoir pu les goûter, difficile de dire s'ils laissent un goût amer de vieux Cheeze-Whiz dans la bouche.

Somme toute, la grignotine a su me sustenter. J'ai aimé aller à la pêche. Même si, peu à peu, les poissons disparaissaient à vue d'oeil. Même qu'à la fin, il n'en restait aucun. Aquarium vide de vie. Vie vide d'un petit pied qui sent le fromage.